Monday, April 04, 2011

le Monde

Rome Envoyée spéciale - Sacré Riccardo Muti ! Le chef d'orchestre italien, qui dirigeait samedi 12 mars une nouvelle production de Nabucco, de Verdi, à l'Opéra de Rome en inauguration des célébrations liées aux 150 ans de l'unité italienne, affichait une forme olympique. Une forme même "garibaldienne" si l'on considère que Muti, 69 ans, se produisait pour la première fois en public depuis son hospitalisation au Northwestern Memorial Hospital de Chicago, le 3 février. Le nouveau directeur musical de l'Orchestre symphonique de Chicago s'était évanoui pendant une répétition, avait chuté, se fracturant la mâchoire. Il avait subi dans la foulée la pose d'un pacemaker, les médecins ayant diagnostiqué une arythmie cardiaque.

Contre l'avis du corps médical, Riccardo Muti était rentré dans son pays à la fin du mois de février pour assurer les répétitions de cet "opéra politique", créé le 9 mars 1842 à La Scala de Milan alors en territoire autrichien. Nabucco valut au jeune Verdi de 29 ans son premier succès international et fut considéré comme un jalon emblématique de l'histoire du Risorgimento ("renaissance").

Le chef d'orchestre n'a non seulement pas failli à sa réputation de grand verdien mais il s'est aussi fait défenseur d'une cause malmenée dans l'Italie berlusconienne, celle de la culture, appuyant le discours liminaire du maire de Rome, Gianni Alemanno, qui dénonçait l'incurie actuelle de son propre camp politique. Comme dans la première scène de Senso, de Visconti (le début du troisième acte du Trouvère, de Verdi, à la Fenice de Venise), des tracts "partisans" sont tombés des dernières loges, où l'on pouvait lire "Italia risorgi nella difesa del patrimonio della cultura" ("Italie tu renais dans la défense du patrimoine de la culture").

Une ouverture et deux actes plus tard, à la fin du célèbre "Choeur des esclaves" de l'acte III, "Va pensiero" (qui servit de chant de ralliement aux indépendantistes), Riccardo Muti s'est arrêté sous les applaudissements nourris du public. Lui, qui ne l'avait jusqu'alors bissé qu'une seule fois, jeune débutant à la Scala de Milan en 1986, a accepté de le rejouer, comme ce fut le cas lors de la création milanaise. A condition toutefois que l'hymne fût dédié à un autre Risorgimento, celui de la culture, "qui, seule, a fait l'histoire et l'unité de l'Italie". Dans un silence solennel, Muti a alors demandé au public de se joindre aux voix du choeur.

Incroyable moment que celui de toute une salle se levant comme un seul homme, peuple entonnant la liberté ravie et la patrie perdue, cependant qu'une nouvelle volée de tracts aux couleurs vert blanc rouge désignait "Riccardo Muti, senatore a vita". Du coup, l'entrée du grand prêtre des Hébreux captifs, prédisant la chute prochaine de Babylone et du tyran Nabucco, prit une tout autre dimension.

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